La peau des lieux #2

RuimteMorguen_97-1
Les Fabriques, 1996, photographies N&B, 12,5×10 cm.
RuimteMorguen_97-2
Rétrospective des fouilles, 1996, photographies N&B, 30×40 cm.

Ces photographies ne documentent rien. Ou plutôt : elles documentent l’échec de la documentation. Les lieux qu’elles convoquent sont déjà partis — il n’en reste que des indices structurels, des angles qui s’effacent, des cadres vides dans le cadre. Une architecture du manque.
Ce que Pierre Antoine met en œuvre ici, c’est une phénoménologie de l’insaisissable. L’espace n’est pas représenté, il est éprouvé dans sa résistance même — dans ce qu’il oppose à toute tentative de prise. La photographie devient alors moins un outil de capture qu’un instrument de mesure de cette résistance.
Mais le geste ne s’arrête pas là. Le médium se retourne sur lui-même avec une lucidité troublante : ce qu’on voit, c’est aussi la photographie en train de se faire — ses accidents, ses excès de lumière, ses surfaces qui se réfléchissent mutuellement. L’image ne montre plus le monde ; elle montre ce que montrer coûte. En cela, ces photographies fonctionnent moins comme des œuvres que comme des protocoles — des façons de tester, jusqu’à la limite, ce qu’une image peut encore tenir.

Marc Schepers